PLAUCHUT Virginie

Sans Preuve et Sans Cadavre

France

2014 -

J’ai choisi de photographier des objets ordinaires restés en suspend.

Ils sont les réminiscences de souvenirs enfouis profondément mais que rien n’efface. Ils reviennent sans cesse. On tente de comprendre. On se rejoue la scène pour y trouver un sens.

En m’appuyant sur des témoignages, ces photographies sont l’illustration de ces petites choses, en apparence insignifiantes, qui hantent ces histoires faites de silence, de culpabilités et de solitude. Ces simples objets du quotidien auquel on s’est raccroché, qui auraient du alerter, qui aujourd’hui encore dégoutent, mais qui ne s’oublieront jamais. La légende des photographies est un extrait du témoignage ou l’objet est dans son contexte.

Des portraits viennent enrichir ces photographies dans une volonté de construire un ensemble qui viendrait lever le voile sur ce fléau presque invisible qui de distille comme un poison.

10 000 incestes sont signalés en France chaque année. Mais selon une étude réalisée en 2009 par Ipsos pour l’AIVI, 2 millions de personnes déclarent avoir été victimes d’inceste en France. Plus d’un Français sur quatre affirme connaître au moins une personne victime d’inceste dans son entourage. Ils sont un sur cinq à indiquer qu’ils ne sauraient pas quoi faire si un mineur leur annonçait qu’il était victime d’inceste. L’enquête réalisée dresse un état des lieux dramatique de la situation des victimes, concernant le traumatisme aux multiples conséquences sur la santé et la vie quotidienne. En moyenne, la révélation intervient plus de 15 ans après les faits, au terme d’un processus douloureux. En France, 5% des femmes déclarent avoir été victimes d’inceste.
80% des incestes n’iront jamais en justice, tant notre culture fait taire les victimes.

à propos de l'artiste

Virginie Plauchut, photographe française née en 1976. Son travail prend un nouveau sens en 2011 avec une série « La Clôture ». Dès lors, sa pratique s’oriente dans une recherche plus intimiste et contemplative. Elle se sert de la réalité, parfois la voile, l’expose, la surexpose… Ses photographies s’articulent autour des notions d’intimité, d’identité et de mémoire. Entre documentaire et mise en scène, les séries mêlent portraits et paysages dans un questionnement de l’autre et de soi, une exploration de l’humain dans une confrontation douce ou amère. Elle réalise des images de manière instinctuelle, variant les angles, l’approche, les moyens de prise de vues, en utilisant le moyen format, mais aussi la photographie instantanée, les toys caméras, le numérique, l’outil ne servant qu’à traduire son propos.