JONDERKO Karolina

Pologne / Sélection du jury / 2014

" Lost "

« Ils ont laissé des vêtements éparpillés partout, des lit défaits, des livres ouverts, la télé allumée, comme s’ils allaient revenir bientôt. Ils ont quitté leurs chambres sans les préparer au vide. »

Robert, un étudiant en psychologie, n’est pas venue en cours ce matin. Il n’a pas non plus pris le bus pour aller à l’université Jagielonski à Cracovie. Il ne s’est pas levé tôt et n’a pas sorti les poubelles. C’était le 20 janvier 1995, il avait 21 ans, depuis personne ne l’a vu ou ne sait ce qu’il lui est arrivé.

Chaque année, la police polonaise répertorie 15,000 personnes disparues. Chaque jour, sur les posters faits pour attirer notre attention ressort le regard fixe de ces personnes, et pour autant, les jours passants on les remarque de moins en moins.

Il faut avoir perdu un être cher pour imaginer la douleur que traversent ces familles. Leurs sentiments oscillent entre la perte et l’espoir. Souvent les chambres des disparus sont laissées intactes, comme elles étaient, certaines pour quelques mois, d’autres pour des années ou même des décennies.

Les histoires diffèrent mais chacune soulève des questions. Que s’est-il passé ? Où est-elle ? Quand reviendra-t-elle ? Y a-t-il quelque chose de plus que nous pourrions faire pour la retrouver ? Souffre-t-elle ? Est-elle vivante ?

Avec le soutien de la Fondation ITAKA, la seule organisation en Pologne qui aide à retrouver les personnes disparues, j’ai été mise en relation avec des familles qui ont accepté de participer à ce projet. J’ai voyagé 7200 kilomètres à travers le pays pour photographier les chambres vides. Ces portraits intimes de vie arrêtée dans le temps, chacun reflète une mémoire. Chaque famille m’a aussi donné une lettre manuscrite adressée à leur être cher disparu.

La seconde partie de ce projet est une collection de portraits de ces personnes disparues, de ce temps capturé d’une façon individuelle et subjective. Dans la première partie, les compositions sont inchangées ; par opposition, la deuxième partie est un point de vue personnel, mon interprétation de souvenirs et du temps. Les seize portraits sont différenciés par l’acuité de la mise au point. Souvent il n’est pas possible de se souvenir d’informations, ou d’associations, ce qui est la preuve du processus lent mais inévitable de l’oubli. Ce projet final est la combinaison de 16 chambres, 16 histoires et 16 lettres pour mettre en lumière le problème de ceux qui manquent et de ceux à qui ils manquent.